Journal · 11 août 2026
Qu’est-ce qu’une parabole ?
Le mot vient du grec parabolê : l’action de jeter à côté. Mettre une chose à côté d’une autre pour que la première éclaire la seconde. On raconte un semeur, et il n’est pas question de semences ; un fils qui part, et il n’est pas seulement question de ce fils-là. La parabole est un récit qu’on pose à côté de votre vie — à vous de voir ce qui se répond.
On la confond souvent avec ses cousines, et les frontières sont honnêtement poreuses. La fable conclut : elle a une morale, souvent versifiée, toujours détachable. L’allégorie code : chaque élément correspond à une idée, et le lecteur traduit. Le conte philosophique arme : Voltaire se sert de Candide comme d’un gant pour gifler son siècle. La parabole ne fait rien de tout cela. Elle ne conclut pas, ne code pas, n’attaque personne. Elle raconte, puis elle se tait — et c’est dans ce silence-là que le lecteur entend quelque chose. Une parabole, c’est essentiellement une histoire qui a la politesse de ne pas conclure à votre place.
De là ses traits de famille. La brièveté, d’abord : on ne tient pas un silence pendant six cents pages. L’absence de lieu et de siècle, ensuite — un roi, un verger, une route, un feu : le décor est réduit à ce que tous les siècles partagent, précisément pour qu’aucun lecteur ne puisse dire « ce n’est pas chez moi ». Et presque toujours, un objet simple qui porte toute la charge : une rose, une perle, un livre, une lampe, une jarre. L’objet fait ce que le concept ne fait pas : il reste dans la mémoire une fois le livre fermé, et il continue d’y travailler.
Dans mes trois paraboles, j’ai essayé de rester fidèle à ces lois. L’Encre du Temps tient dans un livre qui ne se donne « qu’à la main qui se pose, jamais à la main qui serre » — et chacun sait, sans qu’on le lui explique, tout ce que cette loi déborde de la lecture. La Lampe tient dans une flamme qui n’éclaire ni la route ni le lendemain : « tu es ici. C’est maintenant. Regarde. » La Cendre tient dans une jarre posée sur une table, à la place exacte où l’on pose le pain — et personne n’a besoin qu’on lui dise ce que cela signifie, de nourrir sa maison de cendre.
Pourquoi cette forme, à l’âge adulte ? Peut-être parce que les grandes questions — ce qu’on garde de ceux qui partent, ce qu’on rate à force d’être ailleurs, ce qu’on répare et ce qu’on ne répare pas — supportent mal d’être traitées frontalement. Prises de face, elles produisent des maximes. Prises de côté, jetées à côté, elles produisent des histoires — et une histoire entre là où l’argument frappe à la porte. « La sagesse arrive après ; elle range. »
À lire aussi : des livres comme Le Petit Prince, pour les adultes.
« L’action de jeter à côté. »
Les trois premiers chapitres de chaque parabole sont offerts