Journal · 9 août 2026
Des livres comme Le Petit Prince, pour les adultes
Il existe une étagère que beaucoup de lecteurs connaissent sans jamais l’avoir vue nommée nulle part. On y trouve Le Petit Prince, bien sûr. L’Alchimiste. Le Prophète. Siddhartha, souvent. Jonathan Livingston le goéland, parfois. Des livres courts — une soirée suffit — et qui pourtant restent des années. Des livres qu’on offre plus qu’on ne les garde, et qu’on rachète parce qu’on les a offerts.
Ce qui frappe, quand on la regarde de près, c’est qu’elle est étrangement courte, cette étagère. Le roman a ses rayons entiers, l’essai aussi, le développement personnel déborde des tables. Mais le récit bref qui porte une question grave sans la trancher — la parabole, pour l’appeler par son nom — reste rare. Peut-être parce qu’il est plus difficile qu’il n’y paraît de se taire au bon moment ; une parabole, c’est essentiellement l’art de s’arrêter juste avant la leçon.
On me demande parfois pourquoi j’écris ces livres-là plutôt que des romans. La réponse honnête est que je les cherchais comme lecteur bien avant d’en écrire. Je cherchais des histoires sans lieu ni siècle — pas par goût du vague, mais parce qu’un récit qu’on ne peut situer nulle part se situe immédiatement partout, c’est-à-dire chez celui qui lit. Le désert du Petit Prince n’a pas de coordonnées. C’est pour cela qu’on y est déjà allé.
Les trois paraboles que j’ai publiées tentent de prendre place sur cette étagère-là, chacune par une porte différente. L’Encre du Temps passe par un objet : un livre dont les pages restent blanches sous la main qui serre, et qui ne se donne qu’à la main qui se pose — « on ne lisait pas ce livre. On était lu par lui. » La Lampe passe par un homme : un messager parfait pour les autres, jamais là pour les siens, et une lampe qui refuse d’éclairer la route — « Elle n’éclaire que ce qui est là. À tes pieds. À ton côté. Devant ton visage. » La Cendre passe par un silence : un père qui bannit son fils la nuit du feu, et garde neuf ans une jarre de cendre à la place du pain.
Trois portes, une même maison. Ce qui se garde, ce qui se vit, ce qui se répare.
Si vous êtes de ceux qui cherchent cette étagère — et le fait que vous ayez lu jusqu’ici le laisse penser — je ne prétendrai pas que mes livres valent leurs aînés : c’est au lecteur d’en décider, jamais à l’auteur. Je peux seulement dire qu’ils ont été écrits avec la même conviction : qu’un récit bref, s’il est honnête, peut accompagner quelqu’un plus longtemps qu’un traité — parce qu’il ne démontre rien, et qu’« on reste, devant ces choses, parce qu’on sent qu’on est en train de comprendre quelque chose qui ne se redonnera pas ».
À lire aussi : les citations des trois paraboles sur la sagesse.
« Des récits brefs, sans lieu ni siècle. »
Les trois premiers chapitres de chaque livre sont offerts